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David Lynch
Mon premier souvenir cinéma

Quand j’étais gamin, j’ai vu passer une bande-annonce d’un film de science-fiction sur l’émission Temps X des frères Bogdanov. Ce film s’appelait Dune.
The sleeper must awaken.
Ma maman passait tous les mercredis après-midi avec moi et m’emmenait souvent au cinéma. Ce serait ce mercredi-là. Ce fut pour voir Dune de David Lynch, au cinéma Le Grand Rex, sur les Grands Boulevards de Paris. J’avais huit ans.
Ce film m’est toujours resté en tête. Pendant des années, j’avais même oublié l’existence de David Lynch lui-même, mais le film, lui, m’était resté des images étranges, une histoire complètement décousue, faute à un montage particulier. Vous me comprendrez si vous connaissez l’histoire de la genèse de ce film, qu’il a fini par renier.
I AM NOT AN ELEPHANT! I AM NOT AN ANIMAL! I AM… A HUMAN BEING! I… AM… A… MAN!
Plus tard, j’ai pu voir aussi le magnifique Elephant Man, sur une cassette VHS louée au vidéoclub du marché d’Aligre. Quel choc pour un enfant de huit ans de voir ces deux films coup sur coup et de ne pas tout comprendre. En revanche, les images et émotions diffuses m’ont marqué comme un rêve trop puissant.
Ah oui, j’ai découvert le monde lynchien à huit ans. Les années 80, c’était une autre époque. Merci maman !
Hey, you wanna go for a ride?
1999, je redécouvre David Lynch. Je suis étudiant à Tours et je traîne souvent du côté du cinéma Studio avec quelques amis. Nous découvrons Blue Velvet et, plus tard, Lost Highway. Ces deux films ne peuvent pas laisser indifférent, car ils parlent de sujets profonds et sous-jacents de la société américaine. Encore une fois, je pense avoir manqué de maturité pour comprendre toute la portée de ses films. La violence cachée sous les bons sentiments pour l’un, et les démons de Los Angeles pour l’autre.
This is the girl!
2001, Mulholland Drive. Le plus beau film du XXIe siècle — qui devait être une série. Abandonné par son producteur, David Lynch fait de ce qui a été tourné un film. Encore aujourd’hui, je ne me lasse pas de revoir ce film-puzzle qu’il faut avoir vu et revu sans jamais tout comprendre. Avec David Lynch, n’attendez pas d’explication de texte. Et c’est ça qui fait rêver.
Bien plus tard, Twin Peaks arrive à moi sous forme de DVD. C’est un voyage sans retour. J’ai passé mes nuits à dévorer les deux premières saisons en version originale, happé par cette petite ville impossible où le mystère suinte de chaque plan. Des années plus tard, j’ai tout revu en français avec les enfants — parce qu’un monde comme celui-là, ça se partage.
We live inside a dream
Et puis 2017. Twin Peaks: The Return. Vingt-cinq ans après, Lynch revient avec ce qui n’est pas une saison de série mais un film de sept heures. J’ai rien compris, j’ai adoré.
Janvier 2025. Quelle ironie de le voir partir au moment où Los Angeles brûle.
Repose en paix, David Lynch.



